J’ai tout plaqué sauf ma femme (parce que j’en ai pas), et puis je suis parti. Adieu boulot, iPad, Playstation, Metrosexuel… J’ai emmené un ami avec moi, qui a tout plaqué sauf son boulot (parce que lui il en a un vachement bien). On avait tous les deux besoin de se retrouver. De passer une semaine sans téléphone. Sans décor connu. Un endroit où purger son cerveau de toute la crasse qu’il accumule quand bien même on essaye de s’en préserver. Récit d’une arrivée forte en sensations.

Le Metrosexuel c’est quand même un mec qui, sous ses airs de gérer, ne compose qu’avec un éventail de possibilités génériques auxquelles il sait faire face, et qui se vautre le reste du temps. Un ancien-timide/ancien-complexé qui ne se sent pas à sa place dans cet univers superficiel qu’il décrit avec cynisme. Ce que je ne savais pas, c’est que tout allait changer en quelques jours.
L’avion atterrit. Le métrosexuel (un vrai celui-là) vaguement homosexuel qui nous a servi de chef de cabine nous demande de patienter, alors je regarde par mon hublot le tarmac qui s’étend devant nous. Ce n’est que partiellement gelé. Il fait aux alentours de moins cinq degrés, c’est à dire exactement comme à Paris en cette période. Pas de froid sibérien. Et un premier cliché qui s’effondre. L’aéroport est quant à lui fidèle à l’image qu’on peut s’en faire. Petite bâtisse jaunie par le temps, à la façade criblée de minuscule fenêtres ternies, c’est une espèce de HLM comme on en trouve dans le 92, avec des avions autour. Rien de plus. Pas de gigantesques terminaux, pas de baies vitrées. Un peu comme si mon avion nous avait fait remonter le temps.
Après la descente, un bus antédiluvien nous fait parcourir les quelques mètres qui nous séparent du bâtiment. Nous entrons dans l’aéroport. Premier vrai choc, qui résume si bien ce pays complexe : l’intérieur est flambant neuf. Portiques vitrés/laser dernier cri, éclairage au néon type Auchan, carrelage blanc et écrans LCD : entre l’extérieur et l’intérieur, entre cliché et modernité à l’occidentale, le grand écart est fait.
Notre chauffeur nous attend en brandissant une pancarte à mon nom. J’avais toujours rêvé que quelqu’un m’attende avec une pancarte à mon nom. Ca vous donne l’impression d’être…. exceptionnel. Nous embarquons dans une voiture moyenne gamme à destination de notre appartement. La radio bave une espèce de variét’ locale, sûrement aussi inspirée que la nôtre, et les panneaux publicitaires défilent. En traversant la banlieue (extrêmement pauvre) de Budapest je retrouve avec un étonnement assez modéré les mêmes affiches qu’en France, grimées de mots à soixante douze lettres avec plein de “k” et de “z” dedans. Je prends quand même le temps de constater que le code de la route n’existe pas, que les voies à contre-sens s’entre-mêlent, que notre chauffeur est à 80 km/h en ville et qu’en plus il se fait doubler (ce con).

Le passage de la banlieue au centre-ville fait l’effet d’un grand soulagement. Après dix minutes d’usines désaffectées et de quasi-bidonvilles vous commencez en effet sérieusement à baliser, et c’est avec joie qu’enfin vous pouvez vous abaisser à vos première remarques de connard de touriste. “Ouah la vache! Regarde les bus d’avant-guerre! Terrible!” “T’as vu l’immeuble on dirait qu’il va s’écrouler!” Le touriste parisien est un abruti qui essaye de se sentir supérieur dans un pays inconnu qui l’effraie. Cela dit bien vite on retrouve le même genre de paradoxes qu’à l’aéroport sur les grandes avenues de Buda. Entre les vieilles bâtisses de l’ère pré-communiste se posent au choix un Apple Store, un magasin Vuitton ou une gigantesque tour Mc Donalds. Alors même que nous guettons comme des enfants les premières filles de l’est dont on nous a tant vanté la beauté, c’est cette vérité qui s’imposera de prime abord, jusqu’à l’ascenseur (équipé d’un écran tactile) de notre immeuble : nous sommes dans un pays en pleine mutation.
J’ai jugé cette introduction nécessaire afin de planter le décor, au risque d’en ennuyer certains. La suite devrait suivre le plan que j’avais établi à l’origine, et donc devenir bien plus croustillante…
C’est pour bientôt dans les aventures du Métrosexuel :
17 - Un bar, une barre et un bon paquet de billets - Ecriture : 50%
18 - T’as pas du HUF? - Préparation : 25%
19 - Il fait beau dans le Métro - Préparation : 10%
20 - La révolution du Jasmin
21 - Le bon samaritain
22 - La même existe en conne
23 - Deux noirs et un bus plus tard


